Pour aller plus loin, vous consulterez les ouvrages de la Libraire - astrologie indienne, ainsi que le cours par correspondance Etudiez l'astrologie de l'Inde.  La représentation du thème | Par Denis Labouré
Tel thème, tel praticien!
Il existe une graphologie du thème. Certains astrologues se servent de zodiaques barbouillés de gros symboles tracés au stylo-feutre et qui représentent la position approximative des planètes et des maisons. Ces praticiens expliquent souvent que l'astrologie ne peut prévoir les événements. Il existe également des maniaques de la précision qui, une fois achevé le tracé du thème, ont toujours besoin d'effectuer un calcul supplémentaire avant d'énoncer un pronostic qui ne vient jamais. Plus sérieusement, on reconnaît l'astrologue au thème qu'il dessine. Les cartes anglo-saxonnes mettent les maisons en évidence, mais les aspects n'y apparaissent pas. Les cartes françaises mettent les signes en évidence, tracent les aspects et ne signalent les cuspides des maisons que par un point ou une ligne discrète. Ces différentes représentations sont lourdes d'enseignements sur la façon dont les praticiens qui les utilisent interprètent leurs thèmes.
Un carré découpé en petites cases, occupées par des planètes parmi lesquelles on cherchera vainement Uranus, Neptune et Pluton, pas d'aspects... Ainsi se présente le thème tracé par l'astrologue indien. Sommes-nous là confrontés à un monde si étranger que nous ne puissions le pénétrer ? Quel esprit et quelle démarche d'interprétation traduit une telle représentation du thème?
Ordo ab Chaos
L'espace n'est pas homogène. Il existe des portions d'espace qualitativement différentes des autres. Des espaces sacrés, forts, significatifs, et d'autres espaces sans vie, amorphes. D'où l'opposition, dans la plupart des traditions religieuses ou initiatiques, entre le cosmos, l'espace sacré et l'étendue informe du chaos qui l'entoure ou le précède.
Pour l'homme profane de nos civilisations modernes, l'espace est homogène et neutre. L'espace géométrique peut être débité, délimité en quelque direction que ce soit, mais aucune différenciation qualitative n'intervient. Pourtant, dans l'expérience de l'espace profane, continuent d'intervenir des valeurs qui rappellent la non-homogénéité. Chacun porte en lui des lieux privilégiés, qualitativement différents des autres: le paysage natal, le site des premières amours, une rue ou une maison de la première ville étrangère visitée dans la jeunesse. Même pour l'homme le plus franchement non-religieux, tous ces lieux gardent une qualité exceptionnelle, unique. Ce sont les lieux saints de son univers privé. Par leur évocation et leur seule présence, ils possèdent le pouvoir d'évoquer une expérience émotive particulière.
Dans la tradition, délimiter un espace sacré, faire sien un territoire, revient à vaincre le chaos en arrêtant sa marche par une enceinte. Le Templum romain, d'où provient le mot temple, fut à l'origine la zone carrée que les prêtres délimitaient dans le ciel avec le bâton et dans laquelle ils examinaient et interprétaient les auspices (originellement, le passage des oiseaux). Par la suite, cet espace sacré dans lequel un contact avec le monde des dieux pouvait s'établir a été tracé sur le sol, pour circonscrire les limites d'un sanctuaire, d'une ville ou d'un camp militaire.
De la sphère au cube, du cercle au carré
La représentation d'un thème astrologique sert deux objectifs :
* reproduire, de manière aussi fidèle que possible, l'état du ciel extérieur pour un instant et un lieu donné (représentation quantitative, astronomique). * reproduire, de manière aussi fidèle que possible, l'état du ciel intérieur au natif (fonction astrologique, qualitative). Le thème est alors conçu comme une icône, un espace sacré, à l'intérieur duquel deux mondes (celui du natif et celui de l'astrologue) se côtoient et s'entremêlent. N'y a-t-il pas des thèmes que l'astrologue "sent" plus que d'autres?
Les anciens distinguaient ces deux fonctions du thème. Pour la représentation descriptive des positions célestes, ils faisaient appel à la sphère armillaire (ou d'autres appareils similaires), assemblage de cercles représentant le ciel et le mouvement des astres. Pour l'interprétation, ils préféraient la figure symbolique du carré. En Egypte, les diagrammes astronomiques étaient de forme rectangulaire pour se conformer à l'écriture hiéroglyphique conventionnelle qui s'inscrivait entre des lignes parallèles ou des tableaux carrés. A leur image, les indiens, les chinois, les tibétains, les grecs (puis les byzantins), les romains et les astrologues de la chrétienté tracèrent leurs thèmes sous forme carrée. Les quelques exceptions ponctuelles furent motivées par des considérations d'ordre esthétique ne modifiant en rien la pratique générale.
Se demander si le carré est une forme commode ou pas est hors de propos pour un indien. Le thème est pour lui un écran sur lequel se projette la destinée du consultant. Les travaux de C.G.Jung ont confirmé l'intuition des anciens à ce sujet. Dans Synchronicité et Paracelsica, il écrivait "...les images psychiques de la totalité que l'inconscient produit spontanément, en particulier les symboles du Soi en forme de mandala, possèdent...une structure mathématique. Ce sont en règle générale des quaternités ou des multiples de la quaternité. Ces figures produites par l'inconscient n'expriment pas seulement un ordre, elles le créent aussi."
L'ouverture aux présages
En s'appliquant à dessiner un thème, l'astrologue réalise un acte de première importance. A l'image des dieux, il recrée un homme. Il donne vie à ce qui n'était jusque-là qu'un enchevêtrement de lignes et de symboles. Lorsque ce tracé est achevé, son mental a assimilé les diverses positions et enclenche un processus subconscient d'interprétation. Pour les indiens, les phénomènes survenant pendant un tel tracé (qui s'effectuent encore à même le sol dans les campagnes) ont une valeur de présage pour le natif. Certains textes les codifient, comme le rappellent ces deux citations du Prasna Marga: " Le schéma doit être tracé dans le sens des aiguilles d'une montre. De nombreux obstacles sont indiqués si on commence le tracé par le sens inverse, pour changer ensuite de direction... Des lignes épaisses indiquent prospérité. Des lignes indistinctes indiquent misère et affliction. Des lignes coupées montrent que des obstacles sont à prévoir aussi bien pour le bonheur en général que pour le travail " (4,14-15). |
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